La médecine narrative, formalisée par le Dr. Rita CHARON, en 2001,
propose au fond une nouvelle manière d’aborder l’anamnèse du patient en replaçant la dimension humaine au centre de la relation
Elle réponds à la fois
Elle s’ancre dans une approche :
La médecine narrative crée ainsi un pont entre les sciences médicales traditionnelles et les sciences humaines, dans une perspective intégrative et créative, pour le bien-être de tous.
On lit souvent qu’il est important de mettre des mots sur des maux. C’est devenu presque un slogan.
Que faut-il entendre par cela ?
Il y a les mots qui sont prononcés oralement et qui s’envolent — comme le dit le proverbe latin « scripta manent, verba volant » —
et il y a les mots que l’on écrit et qui demeurent, comme des bornes sur le chemin.
En thérapie, l’un n’empêche pas l’autre : au contraire, ils se complètent.
La nomination orale est essentielle et constitue une étape importante ; l’écriture, de son côté, favorise une plus grande prise de conscience.
Le temps de l’oral, n’est pas le même que celui de l’écrit, qui ralenti le rythme pour rejoindre la profondeur.
Lorsque nous ne parvenons pas à trouver un moyen de raconter notre histoire,
c’est notre histoire qui nous raconte – nous rêvons de ces histoires,
nous développons des symptômes ou nous nous retrouvons à agir
d’une manière, que nous ne comprenons pas.
(Stephen Grosz)
C’est dans l’assise et le silence qu’écrire permet d’initier un discours intérieur avec nous-mêmes, de renouer le fil de nos souvenirs, ou bien de sortir de notre intimité pour déjouer le piège de la rumination mentale.
Mais d’où jaillissent les mots que l’on met sur les maux ?
À partir de quel espace intérieur ?
La pratique de l’écriture nous met en relation avec la partie la plus profonde de nous-mêmes.
Elle naît du silence et jaillit d’une rencontre avec une voix, une parole vivante révélée par le silence de celui qui écrit.
Il ne s’agit pas de « lettres mortes », mais d’une véritable rencontre avec le Vivant qui nous habite au plus profond de nous-mêmes, qui nous éveille à la réalité que nous sommes aujourd’hui et nous guide à la découverte de notre identité personnelle et profonde.
« La bouche garde le silence pour écouter parler le cœur. » — Alfred de Musset
C’est à partir de cet espace intime, qui est l’espace de notre liberté, que des prises de conscience peuvent jaillir, comme des étincelles, et dissiper la brume épaisse qui nous enveloppe parfois, afin de percer le mystère du cheminement vers le « Connais-toi toi-même ».
Qui suis-je véritablement, au-delà de tous les conditionnements biologiques, familiaux, sociaux et professionnels qui « formatent » ma personnalité ? Cette question inaugure une véritable quête de sens, de compréhension, de découverte de notre identité, et de délivrance intérieure.
La liberté, que l’on revendique souvent vis-à-vis de l’extérieur, ne peut se découvrir qu’à l’intérieur de soi, lorsqu’on se rend compte que c’est finalement nous-mêmes qui, parfois sans le savoir, construisons les parois de nos prisons — avec nos schémas mentaux, nos croyances limitantes, nos a priori, nos préjugés, mais aussi nos peurs.
Dans toute oeuvre d’imagination, il y a un récit de soi.
Dans toute autobiographie, il y a un remaniement imaginaire.
Boris Cyrulnik

Lorsque nous écrivons, nous sommes seuls, sans personne pour nous juger.
Nous sommes face à une page blanche qui attend patiemment que la main se mette en mouvement, que le récit se dépose en toute confiance, sans aucun commentaire.
C’est à ce moment que le travail commence, de manière organique : le système nerveux est activé par le cœur, lieu de l’intime et de l’authenticité, et par le relais du bras et de la main — son prolongement — qui conduira la personne à découvrir le fil conducteur de son récit.
« J’écris seulement si quelque chose me coule du cœur jusqu’aux mains. » (C. Bobin)
L’écriture à la main est neurologiquement l’un des actes les plus riches que le cerveau humain puisse accomplir — bien loin du simple geste technique. Elle met en mouvement corps et conscience de façon simultanée et indissociable.
L’écriture sort du registre de la technique et de la logique pour aller au creux de l’expérience, pour toucher la chair de l’écrire, faite de sensations, de sons, de silence, de mots, de signes et de symboles.
« Aimer quelqu’un, c’est l’entendre raconter sa vie et la lui raconter à son tour, et exister en général, c’est le récit de sa vie. Alors le récit peut être de telle ou telle nature, héroïque, comique, et cetera… mais il faut un récit, il faut raconter, il faut relater, il faut transformer sa vie dans une chose qu’on peut dire. Nous avons tous besoin d’un récit pour exister. »
— Michel Serres
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